Ville de Sorel-Tracy

CAPSULES de notre histoire

© 2003

SOCIéTé HISTORIQUE PIERRE-DE-SAUREL INC.
Service d'archives privées, agréé par le MCCQ (ministère de la Culture et de la Communication du Québec)
Affilié aux Archives nationales du Québec (ANQ)
6A, rue Saint-Pierre, Sorel-Tracy, QC, J3P 3S2
Tél. : 450 780-5739
Courriel : histoire.archives@shps.qc.ca
Personnes ressources : Luc Poirier, président et Olivier Bolduc, archiviste

 



LE 4 JUILLET 1784 : IL Y A 220 ANS LA DEUXIÈME MISSION ANGLICANE DU CANADA ÉTAIT FONDÉE À SOREL
Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


En 1784, Sorel avait déjà 142 ans. Après la période de fondation, en 1642, puis en 1665 avec Pierre de Saurel, ce fut l’époque de l’enracinement, entre la culture des terres et la construction des premiers bateaux.

Avec la Conquête britannique de 1760, Sorel comme toute la Nouvelle-France connut de profonds changements. L’un des principaux fut l’établissement de trois groupes d'immigrants, la plupart de religion protestante, ce qui provoqua l’apparition du protestantisme dans notre ville uniquement catholique jusqu’alors : d’abord des Britanniques qui s'établiront dans la « Province of Quebec » et feront l'achat de plusieurs seigneuries, dont celle de Sorel en 1763; ensuite des mercenaires allemands, de 1777 à 1781; et des Loyalistes, fuyant la révolution américaine et établis stratégiquement dans la seigneurie de Sorel, acquise à cet effet par le gouverneur Haldimand en 1780, au nom de la Couronne britannique.

Dès 1777, ces Loyalistes célébrèrent l’office dans une baraque militaire avec un premier pasteur protestant, l'aumônier militaire Thomas Scott. Celui-ci fut remplacé par John Doty, envoyé par « The Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts », qui le 4 juillet 1784 célébra l'office à Sorel et prononça le sermon, en fondant ainsi officiellement la deuxième mission anglicane au Canada.


La première chapelle était située au coin des rues Roi et Augusta. En 1790, une église fut construite sur le côté est du Carré royal, remplacée en 1842 par notre Christ Church actuelle. En 2004, on célèbre toujours l'office dominical dans ce bel édifice classé, l'un des plus anciens de Sorel et qui symbolise, avec son presbytère, une importante composante de notre riche histoire.

Source: The Bicentenary of Christ Church,
Sorel, Quebec, 1784-1984 (Collection de livres SHPS).






À BICYCLETTE AUTREFOIS!
Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Rose-Anna et Augustine Lamothe, apparentées à la famille Gravel de Saint-Ours, au tournant du 20e siècle.
Source: Fonds Jeannette-Cormier, SHPS inc.


C'est l'été et les bicyclettes sillonnent les rues et les voies cyclables de notre région. Le monde du vélo est plus populaire que jamais, que ce soit pour défendre le fameux dossier de notre piste cyclable ou encore pour participer à des activités particulières comme la première édition de « Roulez vers la culture en Montérégie ».

Mais cela fait longtemps que la « Petite reine » existe depuis la « draisienne » allemande, brevetée en 1818, puis le « vélocipède » et le « grand bi » français. Les gens de chez nous ont adopté ce moyen de locomotion, simple et économique, en particulier au début du 20e siècle, quand les premières voitures étaient l'apanage des plus fortunés puisque l'annuaire statistique du Québec n’en dénombre que 13 en 1914. Les bicyclettes étaient bien plus nombreuses, à une époque où il n'y avait ni piste cyclable, ni « dix vitesses », encore moins de casques protecteurs aérodynamiques... mais de belles robes longues et des petits chapeaux élégants!!! Autres temps, autres moeurs!






LE PONT DE LA 30 SUR LE RICHELIEU : BIEN MIEUX QUE LA TRAVERSE A CINQ CENTS!!!
Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Le "pont neuf" de l'autoroute 30 en 1968.
Source: Fonds La Voix, SHPS inc.

Rappelez-vous il n'y a pas si longtemps, notre vieux pont Turcotte était à nouveau en réparations et fermé à la circulation. Nous n’avions donc plus que « le pont neuf » pour franchir le Richelieu, seul lien qui unit nos deux rives et qui était donc particulièrement utile à ce moment-là.



Le Richelieu, voie d'invasion des Iroquois, a été à l'origine de notre ville et depuis il fait partie de notre paysage géographique. En 1642, c'est à son confluent avec le Saint-Laurent que le fort Richelieu fut érigé.


Dés 1665, la seigneurie de Pierre de Saurel s'établit de chaque côté de ses rives puis la rivière sépara à partir de 1875 Sorel et Saint-Joseph-de-Sorel, puis Tracy à partir de 1954.
Traverser la rivière a toujours été une réalité importante dans la vie des gens de chez nous. Pont de glace l'hiver et bacs-passeurs durant les autres saisons ont été remplacés en 1932 par le pont Turcotte.


Après la guerre, avec le développement économique, la région se dota d'un bon équipement routier et le 7 décembre 1968, le pont Sorel-Tracy, franchissant le Richelieu, fut inauguré par le ministre de la Voirie, Fernand J. Lafontaine, en présence du député de Richelieu, Maurice Martel. Le nouveau pont devenait le premier tronçon d'une future autoroute qui selon le ministre « mettra la région de Sorel-Tracy à 30 minutes de Montréal » .


Il n'y avait pas de limite de vitesse à cette époque!?!

Ainsi depuis 36 ans « le pont de la 30 » est la principale voie pour franchir le Richelieu, cette rivière qui a toujours été si déterminante, non seulement dans le paysage urbain, mais également pour notre histoire économique et maritime !






TREMBLEMENTS DE TERRE, INONDATIONS, INVASIONS DE SAUTERELLES…. NOTRE RÉGION A EU SON LOT DE CATASTROPHES NATURELLES BIEN AVANT L’OURAGAN FRANCES !!!

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Inondations dans les îles au 20e siècle.
Source: Le Carignan, volume 2, numéro 1 - Printemps 1988, SHPS inc.

L'été dernier, la région a subi, comme toute la vallée du Saint-Laurent, les fortes pluies et les vents violents issus des soubressaults de l’ouragan Frances. Pourtant, les catastrophes naturelles épargnent notre région depuis les dernières décennies, sans doute parce que nous menons une bonne vie !!! Mais cela n’a pas toujours été le cas, l’Histoire le prouve.

Le péril arriva plusieurs fois des profondeurs de la Terre. Notre sol sorelois a souvent tremblé depuis le fameux « tremble-terre », ainsi nommé dans les Relations des Jésuites, qui frappa toute la Nouvelle-France en 1663. Pas moins de six autres tremblements de terre secouèrent la région au 19e siècle, dont celui du 20 octobre 1870 sur lequel La Gazette de Sorel rapporte que « la durée de la secousse a été d’à peu près 20 secondes ».

Mais le danger le plus grave est toujours venu de l’Eau. Les tempêtes et les débâcles printanières, accompagnées souvent des terribles montées des eaux, ont régulièrement déchaîné les eaux du Saint-Laurent et du Richelieu, provoquant la destruction de bateaux sous la furie des glaces, des naufrages, de désastreuses inondations dans les îles de Sorel et souvent plusieurs habitants y laissèrent la vie… C’est le 12 avril 1865 que les ondes frappèrent le plus violemment notre région en décimant des familles entières de l’île de Grâce et de l’île Dupas, faisant 34 victimes.

Et puis la nature nous a souvent atteint par les intempéries, comme celle de jeudi dernier. Il y a eu bien sûr de mémorables tempêtes de neige… et plus récemment celles de verglas, quoique notre région fut relativement peu touchée.

Les « acts of God » se sont parfois manifestés aussi sous la forme d’invasions d’insectes : nuées de sauterelles qui ont dévasté en juillet 1870 les champs de Sainte-Victoire, et fléau des « mouches à patates » dans la ville de Sorel qu’on a essayé de conjuguer en 1878 par des messes!!!

Souhaitons qu’en ce 21e siècle, Dame Nature continue d’être clémente pour la région soreloise!!!






LES JOIES DE LA RENTRÉE SCOLAIRE : CELA N’A PAS TOUJOURS EXISTÉ!!!

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Source: Collection de photographies SHPS inc.

Comme chaque année le mois de septembre sonne l’heure de la rentrée scolaire… Mais les premiers enfants qui ont grandi sur notre terre soreloise comme Charles, 7 ans et Jeanne, 6 ans, les aînés des 7 enfants de Jeanne Baillargeon et Paul Hué (premier recensement des Sorelois en 1681), n’ont sûrement pas été à l’école.

Car en Nouvelle France, comme en France, l’école n’était pas obligatoire et l’État n’assumait pas la fonction d’instruire; il la laissait à des institutions ou à des individus, essentiellement aux communautés religieuses. À Montréal, Québec, Trois-Rivières, il y avait les « petites écoles », quelques pensionnats et externats, et à Québec il y avait le Collège des Jésuites, le seul du pays. Ailleurs, comme à Sorel, on trouvait parfois des maîtres ambulants, parfois une école qui était en place pendant quelques années, ou encore l’école de la Fabrique.C’est pourquoi l’analphabétisme était un phénomène courant!!

À Sorel, la première mention d’école fut celle de William Nelson, père des futurs chefs patriotes de 1837, Wolfred et Robert Nelson. C’était en 1795 et l’école était privée et protestante. Et puis au fil des décennies, des générations d’enfants sorelois sont allés au Couvent Saint-Pierre, fondé en 1858 par les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, à l’Académie du Sacré-Cœur des Frères des Écoles chrétiennes ou au collège du Mont Saint-Bernard, tenu par les Frères de la Charité.

En 1943 une loi promulguée par le gouvernement libéral d’Adélard Godbout obligea les petits Québécois à aller à l’école jusqu’à l’âge de 14 ans.

Vingt ans plus tard, la laïcisation de l’enseignement fut l’une des principales transformations de la Révolution Tranquille. C’est alors qu’apparurent ici, comme partout au Québec, la commission scolaire, nos deux polyvalentes, puis le Cégep de Sorel-Tracy. Les « joies » de la rentrée scolaire, pour les enfants comme pour les parents, font aujourd’hui partie de notre histoire… de chaque automne!!!






IL Y A 120 ANS, SIR HECTOR LANGEVIN POSAIT LA PIERRE ANGULAIRE DU BUREAU DE POSTE

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

L'édifice des postes et douanes de Sorel en 1900.
Source: Collection de photographies SHPS inc.

Ce 23 septembre 1884 fut déclaré par le maire Adolphe Germain « jour de fête publique » et Sorel accueillit en grandes pompes le ministre des Travaux publics, Sir Hector Langevin. Après la pose de la pierre angulaire et les discours d’usage, il y eut un grand banquet à l’Hôtel Piché (plus tard Hôtel Carleton) où le billet d’admission était de « trois piastres » .

Les travaux de construction avaient commencé en août, érigeant l’Édifice des Postes et des Douanes, un des plus beaux édifices de notre patrimoine bâti!

Un an auparavant, le 2 octobre 1883, pour répondre à la demande de Sir Langevin, la Corporation de la Ville de Sorel achetait à Charles Black Radenhurst « gentilhomme » de Sorel, moyennant « 4120 piastres cours actuel » un emplacement de terre au coin des rues George et Prince, après l’avoir choisi « comme site des bureaux publics ». Et en mars 1884, la Ville transférait le terrain à Sa Majesté la Reine, représentée par Sir Langevin pour ériger un édifice public « for the accommodation of the Post office, Customs House etc… ».

Pendant trois quarts de siècle, le « bureau de poste » trôna majestueusement sur le Carré royal, et cet imposant bâtiment fut l’un des principaux points de repère de notre paysage urbain.

En juin 1965, après avoir rythmé le temps des Sorelois durant 81 ans, l’horloge de la tour s’arrêta définitivement, quand l’édifice fut démoli.

Ainsi change notre région, au fil des ans!!






DE BEAUX TROTTOIRS NEUFS !!! UN « LUXE » QUI N’A PAS TOUJOURS EXISTÉ!

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Les trottoirs sur la rue du Roi devant le Carré royal vers 1900.
Source: Collection de photographies SHPS inc.

Il y a plus d’un siècle, le journal Le Sorelois s’indignait contre la Ville : « il est temps que la Corporation agisse […] car il y a des places où les trottoirs sont de vrais casse-cou » ! Quelques mois plus tard, en octobre (un mois prédestiné?) 1882, le même journal se réjouissait que « les travaux de trottoirs en ciment et en asphalte se poursuivent activement dans nos rues principales ».

Cent vingt-deux ans après, notre centre-ville connaît les mêmes rénovations… mais ce « luxe » des trottoirs n’a pas toujours existé! Au temps de la Nouvelle-France, à « Saurel » comme dans les autres villes, les trottoirs étaient rares et en bois. Ils auraient pourtant été fort utiles pour éviter de marcher dans les rues de terre, boueuses ou poussiéreuses selon la saison, et où, malgré la législation du « grand-voyer », les habitants jetaient souvent tous leurs déchets incluant le fumier humain et animal, en laissant les bêtes vaquer à côté du passage des égouts…

À la fin du 18e siècle, le plan de la ville fut réalisé, traçant les principales rues de notre centre-ville et le bourg de William-Henry fut érigé en ville en 1848. Dans les décennies suivantes, de nombreux trottoirs en bois furent construits sur les rues « King » et « Queen », Elizabeth, Augusta, Sophie (aujourd’hui Hôtel-Dieu), Phipps, Charlotte et Royale (aujourd’hui le boulevard Fiset).

Avec l’industrialisation, l’urbanisation progressait et, en 1879, le conseil de ville adopta un règlement concernant la voirie, qui abrogeait les précédents. Il indiquait que les propriétaires étaient responsables de la construction et de la réparation des trottoirs, à leurs frais, ainsi que de leur entretien, surtout l’hiver. Les trottoirs devaient être d’une largeur de six pieds, en bois, béton, pierre ou blocs de ciment, mais pas en bois sur les rues « macadamisées ». Et il était interdit de circuler en « vélocipède » sur les trottoirs!

Peu à peu, toutes les rues furent macadamisées, et en 1926, notre historien l’abbé Couillard-Després écrit fièrement que la ville est moderne et que « les rues sont en asphalte »!

Les trottoirs de Sorel font partie de notre paysage urbain et de notre patrimoine bâti. Ces nouveaux trottoirs de 2004 verront passer des milliers de Sorelois et auront toute une histoire à raconter dans un siècle… s’ils résistent à l’usure du temps!!!





LA CHASSE : UN SPORT PLUS QUE MILLÉNAIRE DANS NOS ÎLES DE SOREL!!!

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


C.P. Edward, Arthur Simard ( fils de Joseph Simard) et Edouard Simard à une partie de chasse et pêche, vers 1945.
Source: Fonds Édouard-Simard, SHPS inc.

C’est l’automne, qui nous ramène les chasseurs et leurs histoires toujours incroyables!!! Dans nos îles de Sorel, les parties de chasse ont existé bien avant que les premiers Européens y abordent!!! Les Amérindiens connaissaient de tous temps ce « paradis » où l’on trouve plus de 150 espèces d’oiseaux aquatiques et gibiers de toutes sortes, visons, castors, renards, ratons laveurs et surtout les rats musqués.

C’est justement ce gibier que chassaient les Amérindiens rencontrés par Jacques Cartier, le 28 septembre 1535, lors de son premier passage dans les îles de Sorel : « […] nous leur trouvâmes une grande quantité de rats sauvages, qui vont dans l’eau […] et bons à merveille à manger » .

Soixante-dix ans plus tard, Champlain, comme tous les voyageurs s’extasiera devant la richesse de cette faune insulaire, « bonnes venaisons, oiseaux et poissons » .

C’était aussi pour chasser et pêcher dans les îles que les Iroquois, ennemis des Français, remontaient régulièrement le Richelieu et c’est pour les arrêter que Sorel fut fondé en 1642.

Dès les débuts, la chasse fut pour les premiers Sorelois un excellent moyen d’assurer leur subsistance, apportant de la viande sur la table, alors que le cheptel domestique était naissant.

Car, en Nouvelle-France, contrairement à la mère patrie, les habitants de la seigneurie pouvaient chasser en toute liberté, les espaces étaient illimités et chacun avait son fusil. Et dans ce pays d’abondance, nos îles étaient très réputées : « quand les habitants de ces quartiers – les îles de Richelieu – ont besoin de venaison et de gibier, ils n’ont en certain temps qu’à s’y transporter. Il ne faut point d’autre monnoye pour l’acheter que le plomb et la poudre » . Et l’hiver, l’habitant ne craignait pas de chausser ses raquettes pour partir sur la trace du gros gibier.

Au fil des siècles, la tradition de la chasse s’est perpétuée dans notre région et en 2004 les îles de Sorel restent un lieu de prédilection pour les chasseurs de canards, rats musqués et autres « bonnes venaisons »!!!





IL Y A 90 ANS COMMENCAIT LA PREMIERE GUERRE MONDIALE... AU TEMPS OÙ SOREL FABRIQUAIT DES OBUS

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Groupe d'employés de l'usine Munitions & Machinery Limited de Sorel vers 1915.
Source: Fonds Latraverse-Letendre, SHPS inc.

Depuis quelques jours, les coquelicots fleurissent nos boutonnières, pour commémorer comme chaque année le 11 novembre, le Jour du Souvenir. Cette date fait référence à l’armistice du 11 novembre 1918, qui mit fin à la « Grande Guerre », celle de 1914-18.


La Première Guerre mondiale avait commencé en Europe le 28 juillet 1914, il a 90 ans. Le Canada, entraînant le Québec, et notre région soreloise fut automatiquement mêlée à ce conflit, de par son statut de « dominion » de l’Empire britannique.

Ainsi le pays dut se constituer rapidement en puissance militaire, aux côtés de l’Angleterre, la France, la Russie et les États-Unis contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, pour un conflit qui durerait cinq longues années. Des milliers de soldats allaient mourir, dans les tranchées, asphyxiés par les gaz ou encore tombés au combat dans les champs de coquelicots.


Mais la guerre ne se déroulait pas sur notre terre et partout au pays, ce conflit stimula l’économie, en particulier les fabriques d’armes et de munitions.


Dans la ville de Sorel, qui comptait alors 8000 habitants, cette production de guerre vint apporter un regain d’énergie à la stagnation économique qui caractérisait le début du siècle.

L’un des principaux chantiers maritimes de la région, les chantiers Leclaire construisirent plusieurs bateaux pour la guerre et les Sorelois fabriquèrent aussi des obus à l’usine Munition and Machinery Limited, dont le directeur général était P.A. O’Connor. En 1916, « l’usine donne de l’emploi à plus de 150 hommes. Sa production journalière actuelle est d’environ 250 obus de 5pc, 60 livres et à haute compression. Lorsque l’installation sera complète, la production sera de près de 400 par jour ».

Après 8 millions de victimes, dont 62 000 Canadiens et six Sorelois, la guerre se termina en 1918, l’année de la dramatique épidémie de grippe espagnole.

Vingt et ans plus tard se déclenchait la Seconde Guerre mondiale. Et Sorel fabriqua cette fois des bateaux, des canons et des parachutes… mais ceci est une autre histoire!!!





IL A 167 ANS AVAIT LIEU LA BATAILLE DE SAINT-DENIS SUR RICHELIEU… 23 NOVEMBRE 1837 : LA SEULE VICTOIRE DES PATRIOTES MENÉS PAR LE DR. WOLFRED NELSON QUI AVAIT GRANDI À SOREL

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Plan de la bataille du 23 novembre 1837 à Saint-Denis-sur-Richelieu.
Source: ALLAIRE, J.-B.-A., Histoire de la paroisse de Saint-Denis-sur-Richelieu,
1905, Collection de livres SHPS inc.

Il y a aujourd’hui 167 ans que les Patriotes remportaient la fameuse bataille de Saint-Denis-sur-Richelieu. Les 200 Patriotes commandés par Wolfred Nelson eurent raison en sept heures de combat des 300 soldats anglais dirigés par le colonel Gore.

Ces militaires vétérans de la bataille de Waterloo étaient arrivés la veille au soir à Sorel, en provenance de Montréal par bateau, puis marché vers Saint-Denis, par l’intérieur des terres en évitant Saint-Ours, à travers la pluie et le froid de cette fin de novembre, en traînant un canon de campagne. Et quand au matin ils arrivèrent après avoir parcouru une trentaine de kilomètres sur les chemins boueux, ils se heurtèrent aux Patriotes retranchés stratégiquement dans la maison Saint-Germain et la distillerie du Dr. Nelson.

À la fin de la journée, les cinq compagnies de fusiliers et le détachement de cavalerie abandonnèrent le combat et reprirent le chemin de Sorel.

Cette bataille, la seule victoire patriote, entraîna dans la mort 12 Patriotes et une trentaine de soldats anglais et allait devenir un véritable symbole de résistance francophone dans notre histoire québécoise.

La révolte des Patriotes de 1837-38 avait été l’aboutissement d’une opposition sociale et économique entre la bourgeoisie d’affaires anglophone et les professions libérales francophones, et d’un conflit politique entre les députés canadiens-français réclamant la responsabilité ministérielle, et un conseil exécutif anglais tout-puissant, situation encore aggravée par une série de mauvaises récoltes et une effroyable épidémie de choléra.

Après la victoire patriote de Saint-Denis, il y eut les défaites de Saint-Charles deux jours après, puis de Saint-Eustache, en décembre 1837, et de Lacolle et d’Odelltown en novembre 1838.

Huit cent Patriotes furent emprisonnés, 58 déportés en Australie et 12 pendus, mais dix ans plus tard, en 1848, deux de leurs principales revendications furent accordées : le principe de la responsabilité ministérielle et la reconnaissance du français dans les lois et à l’Assemblée.

La révolte des Patriotes, et la victoire de Saint-Denis n’avaient été faites en vain…





IL Y A 60 ANS, LE 8 MAI 1945, LA SECONDE GUERRE MONDIALE PRENAIT FIN EN EUROPE

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Drapeau nazi donné à la cité de Sorel par Marc Larivière, soldat sorelois, qui s’en était emparé dans les quartiers nazis de Gronignen en Hollande le 15 avril 1945.
De gauche à droite : Gaston Laurent, délégué de la Commission municipale, Yvan Marchand, ingénieur de la ville, James Crête, échevin, Albert Marineau, chef de police, Adélard Goulet, échevin, René Poliquin, maire, Armand Matton, échevin, Ernest Larivière, père du donateur, et Théodore Bardier, greffier de la cité.


Après 5 ans, 8 mois et 6 jours de guerre, le 8 mai 1945 fut le jour de la victoire tant attendue, avec la signature de l’armistice. Comme partout ailleurs, ce fut à Sorel un jour d’allégresse qui se termina par un concert de l’Harmonie Calixa-Lavallée dans le Carré royal.

Le plus grand conflit de l’histoire de l’humanité, qui allait causer la mort de 50 millions de personnes, avait commencé en Europe en septembre 1939. Le 10 septembre, le Canada entra en guerre aux côtés des Alliés, principalement la France, la Grande-Bretagne, puis les Etats-Unis et l’Union soviétique, face aux puissances de l’Axe soit l’Allemagne hitlérienne, l’Italie et le Japon. Cette guerre qui opposait des démocraties aux dictatures s’étendit sur tous les océans et continents, à l’exception de l’Amérique. Le Canada, loin des champs de bataille se transforma en « mère nourricière » de la Grande-Bretagne et des soldats alliés, et fut également sont principal producteur de matériel militaire. Sorel devint dès 1939 une des villes canadiennes consacrées à la production des armements.

Le Sorelois, 12 juillet 1945.
Collection de journaux de la Société historique Pierre-de-Saurel inc.
Les gens d’ici fabriquèrent des bateaux à Marine Industries Limited, des canons à Sorel Industries Limited, des parachutes, etc. qui pendant six ans contribuèrent de façon majeure à défendre la démocratie en armant les Alliés. Le temps était venu du plein emploi pour les hommes et les femmes. À Sorel on disait maintenant « Y’a d’la job! ».

Attirés par ce formidable marché, des milliers de travailleurs venaient s’installer dans notre région. On y vivait cependant comme partout au pays dans « l’état de guerre », une époque particulière, et le conflit mondial se manifestait sous diverses formes, avec la conscription, les Bons de la Victoire, les carnets de rationnement, le recyclage et le camp miliaire « Fort Richelieu », rue du Prince.

Puis le 8 mai 1945 apporta enfin la paix. Six Sorelois étaient morts au champ d’honneur et la guerre avait changé notre région pour toujours. Avec l’arrivée des néo-Sorelois, la population avait doublé de 1941 à 1951 et de nouveaux quartiers apparurent. Tous les services à la population se développèrent pour répondre aux besoins de cette nouvelle génération qu’on appellerait les « baby boomers », tels CJSO en 1945, l’Hôtel-Dieu en 1948 et le Colisée Cardin en 1954, et la Municipalité de paroisse de Saint-Joseph-de-Sorel fut constituée en corporation de la Ville de Tracy le 10 février 1954.

Sur le plan économique, alors qu Marine Industries Limited et Sorel Industries Limited se reconvertissaient à l’économie de paix et que QIT s’établissait près de la plage de la Pointe aux Pins, la région continuait sur la lancée de la guerre. La prospérité allait durer jusqu’aux années 1980, puis ce furent les années sombres de la récession, que nous avons commencé à véritablement juguler peu depuis quelques années.

Ainsi va notre histoire de siècle en siècle…





EN AOÛT 1939 IL Y A 66 ANS, LES SORELOIS COMMENÇAIENT À VIVRE LA GRANDE AVENTURE DES CANONS ET DE SOREL INDUSTRIES LIMITED

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Photo : Machine Shop. Partiel view. Small lathes section 25 pdr, [ca 1942].
Fonds Sorel Industries Limited, Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Cette grande époque de notre histoire avait commencé deux ans auparavant, en 1937 quand une filiale de The Consolidated Marine Companies Limited (devenue Marine Industries Limited cette même année), la General Dredging Contractors Limited, fit l’acquisition du Chantier du Gouvernement, à la pointe de Saint-Joseph-de-Sorel. L’année suivante, en 1938, alors que Édouard Simard et le Français Charles-Eugène Schneider, du Creusot, étaient en pourparlers pour investir sur le site récemment acquis, les prémices de la Seconde Guerre mondiale se précisèrent, et la Grande-Bretagne fit connaître son intention de placer un contrat de fabrication de pièces d’armements en dehors de son territoire. Simard et Schneider bondirent sur l’occasion. Le premier se chargeait de décrocher le contrat auprès du War Office de Londres et le second s’engageait à fournir des ingénieurs et des techniciens dans la future usine de Sorel. Édouard Simard remplit sa mission avec brio, au prix de deux voyages à Londres, en mai et juillet 1939, et d’une recommandation du premier ministre canadien Mackenzie King, qui venait appuyer son grand talent de persuasion, car les Britanniques s’étaient montrés septiques : les Sorelois n’avaient jamais fabriqué de canons…

Pour honorer la première commande d’essai de 100 canons de campagne de type 25 Pounders, le 17 août 1939 on commença la démolition des anciens bâtiments du Chantier du Gouvernement pour ériger la nouvelle usine de Sorel Industries Limited. Et le 1er juillet 1941, au cours d’une grandiose cérémonie, la compagnie présenta au gouvernement canadien les six premiers canons.

Le défi avait été relevé par les hommes et les femmes de chez nous! Sorel Industries Limited employa jusqu’à 3000 travailleurs pendant la guerre. Ils y qui fabriquèrent plusieurs types de canons qui aidèrent à la victoire des Alliés, dont le fameux 25 Pounders qui permit au général britannique Montgomery de gagner la bataille décisive d’El Alamein, dans le désert égyptien , contre Rommel, le 23 octobre 1942.


En 1959, après d’autres contrats pour la guerre de Corée, Sorel Industries Limited donna naissance à la Crucible Steel Company of America et en 1962, à Beloit Sorel Limited.

Aujourd’hui, les bâtiments abritent Fagen et les Forges de Sorel. Le bâtiment principal, qui fait face au Richelieu n’a pratiquement pas changé d’aspect et sur le terrain de la Légion canadienne, rue du Souvenir, trône un canon 25 Pounders. Ces deux témoins du passé rappellent aux Sorelois une époque prospère, quand les hommes et les femmes d’ici ont puissamment contribué à assurer la survie de la démocratie.





DES ENFANTS REFUGIÉS DE SECONDE GUERRE MONDIALE DE LA POLOGNE À SOREL

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.
Avec la collaboration de Roland Plante,
Membre de la Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Photo : Des enfants après la baignade aux Grèves dans les années 1930.
Collection de photographies de la Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Le 8 mai 2005, le monde entier a commémoré le 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Ce fut l’occasion pour les survivants de cette époque de livrer de nombreux témoignages, souvent bouleversants, sur cette période tragique de l’histoire humaine, des récits d’actes héroïques, de tragédies personnelles, de rencontres marquantes, de retrouvailles… Dans notre région également, plusieurs se souviennent et parmi eux monsieur Roland Plante, membre de la Société historique et passionné d’histoire et de généalogie.

Il se souvient qu’en 1947, quelques 50 garçons et filles de 12 à 17 ans, réfugiés polonais, arrivèrent à Sorel. C’était des orphelins de Katyn…. C’est dans ce village russe, situé près de Smolensk, au nord-ouest de Moscou, que 4143 officiers polonais furent assassinés et ensevelis par les Soviétiques, en avril 1940. Rappelons-nous que l’invasion de la Pologne par les troupes allemandes le 1er septembre 1939 avait déclenché le conflit et que le traité germano-soviétique de partage de ce pays fut signé le 28 septembre de la même année.

Dans notre région, la guerre s’est manifestée sous diverses formes et beaucoup savent qu’il y avait un camp militaire rue du Prince, qui servit entre autres pour les prisonniers allemands. Il y eut aussi la présence de ces enfants polonais qui restèrent quelques mois ici, accueillis dans les colonies des Grèves et de Sainte-Jeanne-d’Arc.

Quelques uns suivirent des cours à l’École des Arts et Métiers et c’est là que M. Plante les a côtoyés, en leur enseignant quelques rudiments de français, à la demande de l’aumônier, monsieur Henri Laplume. Les autorités religieuses ayant trouvé des familles canadiennes pour les accueillir, les jeunes réfugiés quittèrent Sorel. Voilà donc une contribution méconnue de la région à l’Histoire!!!





LA PLAZA TRACY

Par Isabelle Béliveau
Société historique Pierre-de-Saurel inc.



Photo : La Plaza Tracy en construction, août 1972.
Collection de photos de la Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Au cours des années 1970, l’évolution de la région se traduisit par sa modernisation, l’amorce du ralentissement économique et l’orientation vers de nouveaux créneaux. C’est ainsi qu’en 1972, d’importants travaux de voirie furent entrepris à Tracy, donnant naissance au boulevard des Érables et qu’un développement domiciliaire fut en voie d’érection au sud de la mairie de Tracy soit les Bois d’Angoulême. Et à l’instar du Québec, la région se dota également de son tout premier centre commercial, la Plaza Tracy.

Situé sur le boulevard de la Mairie à Tracy, l’immense édifice ouvrit officiellement ses portes le 15 novembre 1972. Des milliers de personnes envahirent alors la place, déambulant dans le hall intérieur où la plupart des 40 établissements qui avaient loué un espace dans ce vaste centre étaient ouverts, les pôles d’intérêt étant un Woolco géant et un magasin de la grande chaîne d’alimentation Steinberg, aujourd’hui disparue. La veille, les dirigeants de la Plaza avaient reçu un grand nombre de personnes à la cérémonie d’inauguration, dont Arthur Pontbriand, maire de Tracy, Luc Poupart, maire de Sorel, Claude Simard, député de Richelieu, Florian Côté, député fédéral de Richelieu ainsi que M. et Mme Ed. Woolner, promoteur de la Plaza Tracy.

C’est le magasin à rayons Woolco qui marqua davantage le paysage de ce centre commercial, la clientèle y étant la plus nombreuse, continuellement à l’affût de bonnes occasions, dont l’inoubliable vente à 1,44 $!

Avec l’arrivée des Promenades de Sorel au cours du mois d’août 1989, l’achalandage se fit de moins en moins grand. Et en 1994, Woolworth, propriétaire de Woolco, annonça la fermeture de 25 magasins Woolworth et Woolco au Québec, licenciant ainsi quelque 720 employés. Dans la région, seul le Woolco du centre commercial de la Plaza Tracy fut frappé par cette annonce, le magasin Woolworth du centre-ville de Sorel étant épargné. La fermeture eut lieu le 31 décembre 1993, laissant un grand vide. Les commerces qui se succédèrent à la Plaza Tracy pendant les douze années suivantes n’eurent jamais l’impact du Woolco et la Plaza ne reprit jamais l’importance qu’elle avait dans les décennies 70 et 80.

Souhaitons que son nouveau propriétaire, la chaîne d’alimentation Métro, qui est présentement à rénover l’endroit, mettra un baume sur cette perte et connaîtra autant de succès.





JUILLET 1665 : IL Y A 340 ANS, LE CAPITAINE PIERRE DE SAUREL VOGUAIT VERS LA NOUVELLE-FRANCE

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.




Illustration : Représentation d’un soldat et du drapeau du régiment Carignan-Salières.

 

En cet été 1665, Saurel, capitaine dans le régiment de Carignan-Salières, était à 39 ans dans la pleine force de l’âge. Il était né sur la place Grenette, à Grenoble, dans le Dauphiné, une province du sud-est de la France, près de la frontière avec l’Italie, et avait été baptisé le 26 décembre 1626 dans l’église de Saint-Hugues et Saint-Laurent. Son père, Mathieu de Saurel, était un avocat de Grenoble et sa mère se nommait Jeanne de Giraud.


Il avait embarqué à La Rochelle, avec sa compagnie le 13 mai de l’an de grâce 1665, après s’être fait remarqué par l’intendant Jean Talon pour la bonne tenue de ses soldats. Sur le navire La Paix, nom bien symbolique pour ceux qui allaient « pacifier » les Iroquois en «Neuve France », Saurel fit route pendant trois mois vers la Nouvelle-France, avec d’autres compagnies dont celle du capitaine Contrecoeur.

Au rythme des vents et des accalmies, de la houle, des malades et des vivres de plus en plus immangeables, Pierre de Saurel se doutait-il qu’il ne reviendrait jamais en terre de France et que 340 ans plus tard une ville commémorerait toujours son nom en Amérique? Il savait qu’il traversait l’Atlantique avec son régiment pour lutter contre les Iroquois et assurer la paix dans la colonie, si nécessaire à son développement.

Débarqué à Québec le 19 août, Saurel fut d’abord chargé de reconstruire le fort Richelieu, au confluent stratégique du Richelieu et du Saint-Laurent. Il y passa son premier hiver, puis l’été et l’automne 1666 dans des campagnes de pacification des Iroquois. En 1668 les troupes du régiment furent licenciées et Pierre de Saurel choisit de rester au pays, sans doute attiré par les possibilités de réussite qu’offrait cette petite société neuve, libre dans ces grands espaces et où tout était à construire. Il épousa la fille d’un marchand de Québec, Catherine Le Gardeur, et se fit concéder en 1672 la seigneurie de Saurel où il était déjà établi avec une trentaine de ses soldats. Plein d’ambitions, Pierre se lança dans la traite des fourrures tout en concédant des terres aux habitants et en fournissant les bois de chêne et de pin très réputés de la pointe (de Saint-Joseph) au chantier maritime du Roy à Québec.


Il mourut subitement à Ville-Marie où il était allé pour affaires, le 26 novembre 1682. Il allait avoir 56 ans et laissait une veuve endettée… et sans héritier. Mais ce fondateur de l’un des berceaux de la Nouvelle-France reste à jamais dans nos mémoires et c’est bien justice que son nom soit perpétué par la société historique de la ville qu’il a établie… il y a 340 ans!

Sorel, une belle histoire!..., Société historique Pierre-de-Saurel inc.





LE PAYSAGE SORELOIS CHANGE…

Par Mélanie Parent
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Photo : Le coin des rues Victoria et de Ramezay vu du dôme du collège Mont-Saint-Bernard, [ca 1915].
Fonds J.-P.-Cyr, Société historique Pierre-de-Saurel inc.

 

Avec le boom de la construction immobilière dans la région, le paysage sorelois change rapidement. Ces derniers mois, le terrain situé au coin des rues de Ramezay et Victoria a subi une transformation drastique, passant de terrain pratiquement vacant à un véritable chantier de construction.


Grâce aux cartes et plans, on peut voir que dans les années 1800, le terrain, qui appartenait à l’époque à Sa Majesté, était vacant. Mais à la fin du 19e siècle, le commerce passait par un nouveau moyen de transport plus rapide que tout autre avant lui : le train. Il semblait donc essentiel pour les dirigeants de Sorel de relier notre ville au réseau ferroviaire. Mais l’investissement dans les compagnies de chemins de fer n’était pas sûr. Plusieurs compagnies firent faillite ou, croulant sous les dettes, furent rachetées par d’autres compagnies. Nous en avons eu un bon exemple à Sorel puisqu’en l’espace d’une soixantaine d’années, la première compagnie de chemin de fer de Sorel, la Montreal & Sorel Railway fut intégrée successivement au chemin de fer de la Rive-Sud, à celui de la Quebec Montreal & Southern, pour ensuite faire partie du Canadien National.


Dans les années 1920, la Quebec Montreal & Southern Railway avait non seulement des rails qui passaient au cœur de Sorel, mais également des ateliers de réparation et des réservoirs sur les terrains qui sont aujourd’hui en construction sur la rue Victoria. Le Canadien National prit ensuite possession des installations au tournant des années 1930. Mais les décennies passant, les chemins de fer perdirent de leur importance. Les trains arrêtèrent donc de passer dans le centre-ville Sorel et à la fin du 20e siècle, les rails furent carrément retirés de nos rues. Tout ce qui reste de l’époque du chemin de fer à Sorel est la gare qui tient maintenant lieu de terminus d’autobus et un pont des chars en piteux état.


Qui aurait cru à l’époque où fut prise cette photographie, que les wagons filant sur les rails feraient un jour place à des édifices à logements?





AUJOURD’HUI COMME HIER… C’EST LE TEMPS DES SUCRES!

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Photo : Le lavage des chaudières à la cabane à sucre de Alexina Gravel et Jean Cormier
dans le rang du Brûlé à Contrecoeur, 15 avril 1958.
Fonds Jeannette-Cormier, Société historique Pierre-de-Saurel inc.

« C’est le temps des sucres. Le personnel des fermes s’anime. L’on raccole les ustensiles nécessaires. Aucune industrie domestique n’étant plus estimée, vieux comme jeunes rivalisent d’une incomparable ardeur. Augets, seaux, goudilles, vont rejoindre les chaudrons et les tonneaux à l’érablière. Les arbres sont entaillés, le feu s’allume sous les vases profonds, débordant du liquide précieux […] De la ville, du village, des rangs, s’amènent des groupes qui visitent les sucriers. […] À la trempette, à la tire, au gratin succèdent ou s’entremêlent la soupe au pois à l’eau d’érable, les omelettes rebondies, les corpulentes crêpes au lard, les œufs et les grands-pères nageant dans le sirop. »

C’est ainsi qu’Edmond Massicotte parlait en 1923 dans l’ouvrage Les Canadiens d’Autrefois. La tradition des sucres remonte aux origines de notre pays. En Nouvelle-France, chaque printemps, les habitants faisaient avec la sève de l’érable du sirop et du sucre. Ils avaient appris des Amérindiens le secret de cette fabrication, en même temps que la connaissance de nouveaux produits alimentaires comme le maïs, le haricot et la viande séchée.

Avec une hache ou une gouge, on entaillait les érables à sucre et les érables rouges vulgairement appelés « plaines » et la sève s’égouttait le long d’une goutterelle de cèdre dans une auge de sapin placée au pied de l’arbre. Puis avec un joug et deux tonneaux, il fallait « courir les érables », raquettes aux pieds, et ensuite faire chauffer l’eau d’érable dans des grands bacs suspendus à des perches, sous le feu.

Le sucre d’érable servait à la consommation quotidienne dans les fermes et au 19e siècle, de nombreux agriculteurs en vendaient avec profit sur les marchés de la ville.

Peu à peu, les techniques se sont modernisées mais en 2005, le temps des sucres est toujours aussi populaire!





LA JOURNÉE SCOLAIRE D’UN COLLÉGIEN DANS LES ANNÉES 1830

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Photographie : Laboratoire de chimie du Mont Saint-Bernard à Sorel, [1900-1910].
Fonds J.-P.-Cyr, Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Ce mois de septembre 2005 marque, comme chaque année, le début de la nouvelle année scolaire et les élèves découvrent leur horaire avec souvent un peu d’appréhension. Mais un aperçu sur la journée scolaire d’un collégien québécois dans la première moitié du 19e siècle encouragera sûrement nos jeunes d’aujourd’hui, jugez-en plutôt!
Levé à 5h25 l’hiver et à 4h50 l’été, notre collégien commence sa journée par des prières et des chants religieux. À 6 heures, il travaille déjà dans la salle d’études et à 7 heures il déjeune, avant la messe. La classe commence à 8 heures. À 11h30 c’est le dîner, pris en silence et suivi d’une récréation. La classe reprend de 13 à 16 heures, puis après une pause d’une demi-heure, c’est l’étude jusqu’à 18 heures, suivie de la récitation du chapelet.


Après le souper, pris à 18h30, c’est la grande récréation de 19 à 20 heures, puis la grande prière du soir. De 20h30 à 21 heures, « lecture libre » pour tous! Tout le monde au lit à 21 heures, c’est le « grand silence » qu’il ne faut rompre sous aucun prétexte, sous faute de punition... Et la journée suivante recommencera entre 4h50 et 5h25, selon la saison!

C’était le bon vieux temps, dites-vous? Peut-être!





L'ÉGLISE NOTRE-DAME-DU-PERPÉTUEL-SECOURS 1926-2005 : ATTENTION DANGER ! PATRIMOINE BÂTI EN PÉRIL

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.

 

Dans les informations pastorales de l’édition du 25 octobre 2005 du journal Les Deux Rives, nous avons appris que l’évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, Mgr. François Lapierre, souscrivait aux conclusions du comité d’étude sur l’avenir des églises de la paroisse Saint-Pierre de Sorel et décidait de fermer les églises Notre-Dame et Saint-Maxime. Ainsi donc, le sort de l’église Notre-Dame est désormais scellé et avec sa fermeture c’est toute une époque qui prend fin!


Une paroisse vieille de 94 ans


En 1911, alors que la population atteignait 10 000 âmes, l’évêque de Saint-Hyacinthe autorisa la création d’une seconde paroisse à Sorel : Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours était née, 189 ans après la première, Saint-Pierre. À l’époque, l’Église était toute puissante au Québec et la pratique religieuse faisait partie du quotidien. Pendant les quinze premières années, les fidèles se réunirent dans une chapelle située en face de l’église actuelle, puis Notre-Dame fut érigée sur la rue du Prince.

Au coin des rues du Prince et Providentielle : une église aux allures de cathédrale, d’une architecture remarquable


Ce monumental édifice fut construit selon les plans de l’architecte J.H. Caron de Nicolet, et signe de modernisme, on utilisa du béton armé pour la structure. Pouvant accueillir 1300 fidèles, l’église est de style Beaux-Arts, comme quelques unes à Montréal, c’est à dire un mélange d’architecture romane et classique. Par sa monumentalité, Notre-Dame exprime bien la force triomphante de la religion catholique au début du 20e siècle, et depuis trois quarts de siècle elle est l’un des points de repère de notre ville en dressant fièrement sa masse imposante au coin des rues du Prince et Limoges. Des milliers de Sorelois y ont été baptisés, puis mariés et enfin y ont reçu un dernier hommage…

Un joyau de notre patrimoine bâti à conserver


La communauté doit maintenant décider de l’avenir de l’église et certains projets se font jour mais quelque soit son utilisation future, il faut souhaiter vivement que cet édifice soit conservé et échappe à la démolition, au nom de sa richesse architecturale, mais surtout de ce qu’il représente dans l’histoire de notre communauté. L’église Notre-Dame sera-t-elle sacrifiée sur l’autel de la négligence humaine au même titre que le collège Mont-Saint-Bernard, le couvent Saint-Pierre, l’édifice des Postes et Douanes et tant d’autres? À nous de décider puis d’en porter la responsabilité.





L’ÉTÉ 1945 À LA PLAGE DE LA POINTE-AUX-PINS IL Y A 60 ANS…

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Photo : La plage de la Pointe-aux-Pins vers 1945.
Collection de photos de la Société historique Pierre-de-Saurel inc.

Le 21 juin, c’est le début de l’été. Chacun pense aux activités estivales, peut-être au voyage, certains aux promenades en bateaux et tous bien sûr aux joies de la baignade. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous possèdent une piscine et il y a les piscines municipales. Peu s’aventurent à se baigner dans le fleuve, comme avant… comme en 1945.

Il y a 60 ans, l’été de 1945 fut particulier car avec l’armistice du 8 mai qui mettait fin à la Seconde Guerre mondiale en Europe, l’heure était aux réjouissances. Les grands hôtels du centre-ville, comme le Carlton et surtout l’Hôtel Saurel accueillaient les touristes et les Sorelois venus y prendre en verre en lisant les informations dans Le Sorelois ou Le Courrier de Sorel. Les sportifs s’adonnaient à la balle molle et au baseball et les plus favorisés pouvaient faire des promenades en automobiles. Côté spectacles, il y avait le théâtre, le cinéma et les concerts donnés par l’Harmonie Calixa-Lavallée dans le carré Royal.

Mais l’été, pour les gens de chez nous, c’était surtout les îles de Sorel, qui faisaient la joie des pêcheurs et propriétaires de yachts. C’était aussi les voyages sur les « gros blancs », ces fameux bateaux de croisière de la Canada Steamship Lines, les S.S. Richelieu, St. Lawrence, Tadoussac et Québec qui passaient illuminés le soir sur le fleuve.

Et puis l’été, c’était surtout la fameuse plage de la Pointe-aux-Pins, à Saint-Joseph-de-Sorel qui avait été aménagée par Arthur « Ti-Noir » Guertin en 1936. Pendant près de 30 ans, la plage de la Pointe-aux-Pins avec ses chalets fut un site enchanteur très prisé. Son beau sable, l’ombre des grands arbres et l’eau du fleuve faisaient les joies des gens de chez nous et aussi de vacanciers qui arrivaient en autobus de plusieurs régions du Québec, en particulier de Montréal, lors des chaudes fins de semaine de l’été. Au début de cet été-là, en mai 1945, le conseil municipal de Saint-Joseph-de-Sorel avisa M. Guertin d’engager un gardien pour surveiller les baigneurs et décida d’engager un homme pour faire respecter « les lois de la morale » sur la plage!

Mais en juillet 1949, QIT-Fer et Titane commença à construire son usine de réduction sur un emplacement qui englobait la plage et en 1964, la succession Guertin vendit le terrain. La plage de la Pointe-aux-Pins fait aujourd’hui partie à jamais de notre mémoire collective, avec les bateaux blancs, le plein emploi chez Marine Industries Limited et la fin de la guerre…





LE SURVENANT EST DE RETOUR AU CHENAL DU MOINE

Par Catherine Objois, directrice
Société historique Pierre-de-Saurel inc.


Photo : « Le village des Beauchemin ».
LECLERC, Rita, Germaine Guèvremont, Montréal, Éditions Fides, 1963, p. 125.
Collection de livres de la Société historique Pierre-de-Saurel inc.

C’est en 1910 que, sous la plume de Germaine Guèvremont, le Survenant arriva pour la première fois chez nous : « Un soir d’automne, au Chenal du Moine, comme les Beauchemin s’apprêtaient à souper, des coups à la porte les firent redresser. C’était un étranger de bonne taille, jeune d’âge, paqueton au dos, qui demandait à manger » (première phrase du livre Le Survenant de Germaine Guèvremont).

En fait, le Survenant est entré dans nos vies en 1945 alors que parut le livre qui allait faire connaître le Chenal du Moine, Sainte-Anne-de-Sorel et Sorel à travers le monde. Germaine Grignon, née à Saint-Jérôme dans les Laurentides, avait déjà écrit quelques textes lorsqu’elle épousa le Sorelois Hyacinthe Guèvremont en 1916. C’est ainsi que le Chenal du Moine et ses habitants arrivèrent dans la vie de Germaine Guèvremont.

Car après quatre ans passés à Ottawa, Hyacinthe Guèvremont décida de revenir à Sorel et les Guèvremont y habitèrent quinze ans. De 1920 à 1935, alors que son mari y tenait une pharmacie, Germaine Guèvremont éleva ses cinq enfants, et pour trouver un dérivatif suite à la mort d’une de ses filles, devint rédactrice du journal Le Courrier de Sorel. Et peu à peu, les gens et paysages de chez nous la séduisirent. C’est quelques années plus tard, alors qu’elle habitait à Montréal, que Germaine Guèvremont allait immortaliser le monde du Chenal du Moine avec le triptyque de ses trois livres, En Pleine Terre, Le Survenant et Marie-Didace, parus entre 1942 et 1947.

Elle y mettait en scène, dans les plus belles pages jamais écrites sur notre région et sur toile de fonds des magnifiques paysages du Chenal du Moine, la famille Beauchemin, inspirée de la mère de son mari, née Beauchemin et petite-fille de Moïse Didace Beauchemin.

Le roman Le Survenant fut édité dans plusieurs pays, reçut de nombreux prix au pays comme à l’étranger et fut adapté par l’auteure pour le réseau français de la télévision canadienne, de 1954 à 1960. Cet ouvrage est devenu un classique de la littérature canadienne-française, au même titre qu’Un homme et son péché, Maria Chapdelaine et Menaud, maître draveur.

Avec la sortie sur nos écrans du film Le Survenant, la nouvelle génération va découvrir cette superbe histoire basée sur un des thèmes fondamentaux de la littérature universelle, celui de l’arrivée soudaine d’un étranger dans un monde clos et des bouleversements qu’il y déclenche. Qui n’a pas imaginé l’irruption d’un tel personnage mythique et mystérieux, qui remet tout en question et en perspective, et que nous accueillerions comme le père Didace : « Approche de la table. Approche sans gêne, Survenant » (deuxième phrase du livre Le Survenant de Germaine Guèvremont), en ignorant qu’il restera un an… le temps de marquer pour toujours le monde du Chenal du Moine!







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